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  4. Caractères et préceptes de l’école de médecine de Salerne

Caractères et préceptes de l’école de médecine de Salerne

De l’évêque Alfano I au médecin Trotula de Ruggiero, nombreux sont les personnages qui ont apporté du prestige à l’école de médecine de Salerne.

Data/periodo nascita

1000

Data/periodo morte

1000

Ruolo / Attività

Institution médicale médiévale

Biografia completa

L’Ecole de Médecine est née et s’est développée grâce à la présence de grands personnages liés à l’Eglise, clercs et moines, qui exerçaient leur profession pour le bien-être matériel, mais aussi spirituel, des pauvres, des riches et des nobles.
Les monastères, et en particulier celui dédié à saint Benoît, étaient en effet également destinés à accueillir les malades, des hospices pour leurs infirmités. Et les grands médecins étaient de grands ecclésiastiques, avant tout Alfano, gloire de Salerne, de l’école de médecine, de l’ordre bénédictin et de la culture.
Mais surtout, en expliquant l’importance du soin des corps en relation avec le soin des âmes, on trouve l’idée qui sous-tend l’enseignement de l’École : l’harmonie et l’équilibre sont en effet la source de la santé. Harmonie entre les quatre éléments qui composent la Création, à savoir l’air, l’eau, la terre et le feu, ceux-là même qui sont à la base de notre corps humain et dont les déséquilibres engendrent la maladie.
L’équilibre entre l’esprit et la nourriture, pour trouver dans la joie et l’alimentation les meilleurs remèdes. L’équilibre entre la maladie et sa guérison, grâce notamment aux herbes “officinales” qui, cultivées dans les jardins des couvents, guérissent tout. C’est ce qui est écrit au début du Regimen Sanitatis Salernitanum, le texte en vers latins qui est le résumé de la sagesse de l’École et que chaque médecin devait apprendre par cœur. C’est ainsi que commence le poème, dédié au roi Richard d’Angleterre, guéri à Salerne :
Si tu veux te prémunir contre les maux, si tu veux rester en bonne santé, bannis les graves soucis, ne te laisse pas aller à la colère. Sois sobre dans tes boissons, modère ton alimentation, ne t’impose pas de marcher après le déjeuner, évite de dormir l’après-midi, ne retiens pas tes urines, ne comprime pas ton anus par l’effort. Si vous observez attentivement ces règles, vous vivrez en bonne santé pendant très longtemps. Si vous manquez de médecins, que ces trois principes soient pour vous des médecins : esprit heureux, repos, alimentation modérée”.
Mais qu’enseignait-on à l’école de médecine à l’époque ? Comment l’enseignement était-il organisé ?
Tout d’abord, il faut préciser que l’Ecole était laïque, et c’est là son aspect organisationnel le plus important : une université médiévale dont l’organisation était entièrement confiée à des ordres séculiers, même si de nombreux professeurs de premier plan étaient des ecclésiastiques et que les cliniques correspondaient souvent à des monastères.
Au cœur de l’Europe méditerranéenne, dans les siècles précédant l’an mille, s’épanouissait déjà une institution culturelle qui ne répondait qu’à elle-même et à ses objectifs d’enseignement et de soin des corps. Et la médecine n’était alors qu’un des domaines d’enseignement, car à Salerne on enseignait aussi et on délivrait des diplômes de philosophie, car aucune science n’est valable si elle n’est pas soutenue par l’amour de la connaissance.
Au fil des siècles, sa structure et son enseignement ont changé, mais certains éléments sont restés fixes : le rapport entre le soin de soi et la prévention des maladies, le soin du corps et de l’esprit, l’attention portée aux régimes alimentaires et l’utilisation de médicaments naturels obtenus à partir de plantes cultivées dans les jardins de la ville.
Au début, l’école était une médecine pratique, c’est-à-dire qu’elle fondait son enseignement sur les préceptes et l’observation des médecins experts ; les écrits qu’elle produisait étaient, pour l’essentiel, du type compendium, c’est-à-dire une révision pure et simple des règles et des principes. Après l’époque d’Alphanus, qui traduit du grec, et de Constantin, qui présente des textes tirés de l’arabe, souvent aussi des traductions grecques, on passe au commentarium, c’est-à-dire à la reprise critique de textes classiques, enrichis de gloses et de commentaires. Ainsi, la méthode d’enseignement est passée de l’observation pure de la pratique et de la collecte de cas et de méthodes empiriques à l’étude des classiques et à la comparaison érudite de la pratique quotidienne et de la théorie.
C’est alors que s’affirme la nécessité de structurer également l’École sur le plan organisationnel, et qu’une structure corporative, déjà existante dans l’Antiquité, prend forme : le Collège médical. L’existence d’un organisme professionnel chargé de protéger les intérêts des médecins de Salerne a été ressentie et, au moins en partie, réalisée dès les premiers siècles de l’École de médecine. Toutefois, ce n’est que dans la seconde moitié du XVe siècle qu’est né le Collège proprement dit, c’est-à-dire une institution autonome dotée de règles statutaires et d’un certain nombre de membres à vie. Le Collegium Doctorum était le détenteur exclusif du droit de conférer des diplômes, et il a conservé ce privilège jusqu’à la fin de son histoire séculaire.
Le Collegium était composé de dix membres ordinaires, dont le plus ancien était le Prieur, suivi du Promoteur, du Directeur de la Banque, du Premier Collégien, et ainsi de suite. Tous les médecins de Salerne étaient des anciens élèves et avaient le droit d’accéder au Collège en temps voulu.
Le prestige du Prieur était attesté par la cérémonie d’installation. Le Collège invitait le Promoteur, le membre le plus ancien qui avait le droit de succession, à occuper le poste devenu vacant à la suite du décès du Prieur. Le Promoteur s’est assis sur une chaise séparée de la banque des Collégiens, a reçu le bonnet, les gants et la dentelle d’or du Prieur et a échangé le baiser de paix avec les Collégiens.
Le Prieur ne se contente pas de conférer les diplômes, il règle également la justice entre les Collégiales, les Anciens et les Aromatarii (c’est-à-dire les pharmaciens). Son pouvoir s’étendait également au contrôle des pharmacies et des boutiques d’apothicaires et, par conséquent, à la délivrance des licences et, enfin, il contrôlait le commerce des épices et des drogues à la Foire. Un grand pouvoir corporatif, qui s’étendait donc non seulement à l’exercice de la profession, mais aussi au commerce et à la justice. Et cela dura des siècles, jusqu’à la fermeture de l’École en 1811.
L’aspect de l’École de médecine qu’il est important de souligner est celui de son ouverture culturelle et de sa volonté d’accepter des contributions de toutes parts. La culture grecque et arabe, la philosophie et la science empirique, l’étude et l’application sont les éléments qui ont fait la grandeur de l’école de médecine de Salerne.
Parmi les mille médecins de Salerne, il y en avait beaucoup qui venaient de loin, et le plus grand d’entre eux était certainement Constantin l’Africain.
Il arriva à Salerne depuis Carthage, où il était né, et, comme le raconte Peter Deacon, après de longs pèlerinages autour de la Méditerranée. Il se rend d’abord au Caire pour étudier la grammaire, la dialectique, la rhétorique, la géométrie, l’arithmétique, les mathématiques, l’astronomie, la nécromancie, la musique et la physique des Chaldéens, des Arabes, des Perses et des Sarrasins ; il poursuit ensuite son voyage vers l’Inde et l’Éthiopie. De retour à Carthage, sa grande érudition lui vaut l’aversion de ses concitoyens, qui envisagent même de le tuer. C’est ainsi que Constantin se réfugie à Salerne.
D’autres versions parlent d’un Constantin enlevé par les pirates de Salerne et vendu comme esclave. C’est là qu’il aurait guéri le prince d’une grave maladie et l’aurait immédiatement libéré.
Si sa vie avant Salerne est incertaine, nous pouvons être sûrs qu’après avoir vécu comme érudit et traducteur de l’arabe dans cette ville, il s’est rendu à Monte Cassino pour y terminer sa vie comme moine.
Il nous a certainement laissé une série de textes importants écrits de sa main et une série de traductions qui font de lui l’un des médecins les plus distingués de l’École, et il a certainement été celui qui a le plus contribué à la transformer d’une école de médecine pratique en une véritable université.
Nous aimons rappeler la figure de ce grand avec une citation de lui, qui révèle quelle est, au-delà de la doctrine, la véritable mission d’un médecin :
“Le bon médecin, lorsqu’il examine le malade, ne doit pas diriger son cœur vers sa femme, ne doit pas fixer ses yeux sur sa fille et sa servante, car cela aveugle le cœur de l’homme. Il ne doit connaître que la maladie qui lui a été confiée : parfois le malade révèle au médecin ce qu’il a honte de confier à sa famille. Fuyez la luxure, méfiez-vous des délices enivrants du monde qui troublent l’esprit et renforcent les vices du corps. Qu’il persévère dans l’étude pour soigner la santé du corps. Qu’il profite des leçons sans s’ennuyer, afin que, s’il lui arrive de manquer des livres, la mémoire lui vienne en aide. Qu’il ne soit pas gêné par les visites aux malades quels qu’ils soient, afin d’être de plus en plus habile dans la pratique. Qu’il soit pieux, humble, de bon caractère, aimable et prêt à demander l’aide divine”.
(Extrait du Prologue du De Comminibus medico cognitu necessarii locis).
Ce qu’il est utile de dire sur l’école de médecine de Salerne, c’est son esprit pratique et empirique.
Comme dans le commerce, comme dans les sciences de l’action, et donc en médecine, l’observation, la pratique et l’expérience comptent. Et à Salerne, ces méthodes étaient particulièrement vivantes et transmises. La lecture et l’étude sont importantes, la connaissance d’Hippocrate et de Galien importante, les théories sur les éléments et les quatre tempéraments fondamentales.
Mais le bon médecin est celui qui observe, expérimente, se souvient et compare. Et dans l’École, cette approche pratique passe aussi par l’étude de l’anatomie, évidemment pas l’anatomie humaine, car il était interdit de disséquer les corps destinés à ressusciter, mais celle des animaux, pour comprendre comment ils sont formés et, par comparaison, comment l’homme est fait.
Pratique et sans préjugés, à tel point que même les femmes étaient autorisées à pratiquer l’art de la médecine. Salerne comptait de nombreuses femmes médecins, la plus célèbre d’entre elles étant Trotula, auteur d’un ouvrage célèbre dans toute l’Europe, “De mulierum passionibus in ante et post partum”.
Les poisons étaient la spécialité des médecins de Salerne, comme en témoigne l’histoire de Sichelgaita, l’épouse de Robert Guiscard, accusée d’avoir tenté d’empoisonner son beau-fils.
Mais l’art féminin de la médecine à Salerne concerne aussi d’autres remèdes, ceux de la cosmétique : “Les femmes de Salerne mettent la racine de viticella dans du miel et s’en oignent le visage : elles soignent ainsi les crevasses et le visage rajeunit”. (Bernardo Provenzale). Il faut donc prendre soin du corps pour qu’il reste sain et, disons-le, même beau. Quel mal y a-t-il à cela ?

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